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Paul Guillot • books

Derrière la salle de bains
• Daruma

« Amek avait voyagé par-delà l’océan, et dans ses bagages, il avait mis la statuette de papier-mâché rouge à l’inquiétante vacuité surgie des trous lui servant de regard, enveloppée précautionneusement.

Un vœu, une volonté, quelque chose qu’on exprime naturellement mais qui, à y regarder de plus près, à vraiment sonder le fond de nous-mêmes, est imprécis, changeant, modulé selon les humeurs du temps, des saisons comme des travaux souterrains entrepris de concert par le magma et la roche…

Fumée dissipée par une attention, par un regard un peu trop lourd ; désir dispersé, illusion perdue, vanité humaine, nébuleuse entrevue des passions ; comme un vent fort dans les épines des pins qui meut l’indistinct manteau bleuâtre de la forêt, et qui souffle, souffle, souffle sur les corps bientôt rendus à l’éther, fluide comme une parole ou une oreille affûtée... »

• L'Hyperesthésie

« Demain je devrai me lever, faire quelque chose, tuer le temps jusqu’au prochain sommeil ; chaque jour la même chose, et puis un jour m’emmènera un sommeil dé nitif, si possible sans que je n’en sache rien, en n je ne sens déjà plus que des résidus, des émotions atro- phiées et des pensées surgies aussitôt supprimées. J’imagine que ceux qui vivent dans la vieillesse ont sou ert une vie ce que je sou re chaque nuit. J’espère ne jamais devenir semblable. Mais cette nuit comme un pic, cette nuit comme un outrage, cette nuit qui ne nit qu’à la faveur d’une mort incertaine pour cause de résurrection cyclique, jour- nalière, cette nuit nira-t-elle jamais pour de bon ? Ou bien qu’il perce en n, ce pic obstiné dans la chair des nues ! Qu’il crève la panse céleste, après tout, il nous restera la terre, la mer, et je juge que cela est su sant. Car d’avoir sans cesse le ciel sur le dos on se courbe. Eh bien je me relève, je perce la panse céleste, ma colonne vertébrale est un pic, une lance, un véritable faisceau venant crever ce ciel abandonné par des dieux et des prophètes déserteurs.
Et soudain des profondeurs telluriques ma voix gronda, et dans ma bouche je remuais la mer comme de la salive. Le ciel transpercé s’était e ondré sur une plage et les idoles, les ors spirituels, serties sur les galbes gon és des jarres bleues, les grigris et les talismans, les attrape-rêves, tout cela fut laissé aux corrosions du sel, de l’eau et du soleil. »

Livre grand format
5,00 € TTC
Deux feuilles de papier bouffant 110 gr pliées l'une sur l'autre, l'une dans l'autre.
Impression couleur et pliage à la main.
Dimensions : 15,2 x 21 cm environ.

Photo : Paul Guillot | Photographie Jacob Côté.