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Isabelle Sobelman
5.00

Derrière la salle de bains
• Merci
« Quel régal ce voyage en peinture, cette traversée du temps ; d’expositions en vernissages, de fêtes en croisières-croisades pour l’art contemporain, que d’aventures racontées en images, fixées dans ces visages… Ta mémoire est vive mon père, et elle ranime tant de détails, couleurs et sons, gestes, ambiances, sensations ; jusqu’au goût de cette robe framboise au col dentelle, que portait ta Marianne, ma mère, avant son mythique chignon… Des pans de ma vie défilent au gré des maisons, des époques, des œuvres sur les murs… Les années Beaujon, avec le minimal, les Buren, le Sol Lewitt, la sculpture de Pommereulle au fond du couloir qui terrorisait les copains de classe… L’époque de la Revue parlée, avec le génial Blaise Gauthier, qui me donnait rendez- vous près de Beaubourg, dans un restaurant aujourd’hui disparu et me parlait littérature, essuyant d’un revers de main les traces de vin à ses commissures… J’apprends te lisant, que pour payer une exposition au CNAC, il a vendu son tableau de Bacon ! Les temps changent… Et puis les vacances, à Antibes, rue du Cannet ou au cap, les soirées d’été chez Ben, les déjeuners chez César qui convoquait Rodin, les discours fleuves de Restany, sa voix nasale, ses doigts si fins, son esprit … Et les années Jack Lang, les premières foires, les commandes publiques à Arman à César … À chaque fois que je passe devant Le Grand Centaure à Saint Germain des prés, gare Saint-Lazare devant Consigne à vie et L’heure pour tous, ça me fait quelque chose, comme des baisers de loin qu’ils m’envoient ces deux-là… »

• Tu m'aimes ? ROMY
« Ici, en Amérique, je suis une star internationale très sexy, je ne me reconnais pas dans les magazines, jambes huilées, une bouche très, enfin j’ai vraiment… J’essaye des robes et plusieurs tailleurs, des corsages échancrés, les journalistes sont avec moi dans la cabine, je n’ai plus de pudeur, enfin si, j’en ai trop, donc en fait plus du tout, je suis tellement excitée, fatiguée, je leur demande simplement de se retourner, et puis aussi speak slowly please, sinon je n’y arrive pas et le soir, je perds quelques précieuses heures de sommeil avec les ordres pas le désir, avec tu aurais pu, ou dû ( Mammi et Daddy).
J’enchaîne les interviews, les meetings, les radios, les yellow cab, les premières, les dernières, je monte et descend à toute vitesse dans des ascenseurs transparents qui ressemblent à des fusées. En fin de matinée, je signe en gants du soir brodés, pour la société de distribution Buena-vista-Disney, ils tendent tous un stylo en même temps, M tient la feuille, pour un peu, elle signerait à ma place. Je porte une robe décolleté pigeonnant pas du tout de mon âge (dixit les ordres), parce que juste après, j’enregistre un show télévisé très glamour avec Sophia Loren et Marlon Brando ! Rien que d’y penser j’ai des frissons partout et l’envie de mourir. En tout cas no shrimps please, les crevettes me font des plaques rouges sur les joues. »

• Beckett
« Sam, coulé dans son pied-de-poule usé, que je n’ai plus quitté, tête légèrement inclinée, bras et jambes en pente douce recueillis dans le creux de ses mains. Il vous regarde, étrangement lointain et proche, rides concentrées au carrefour de son regard clair, la viande un peu lasse sous sa veste vécue, à la mine, à la main.
Cette tête-là, ce corps-là, rejoint par un autre et qui m’accompagne. Combien de temps passé, veillée sous son regard jamais le même, apparaissant, disparaissant. Je l’écoute. Je l’ai toujours écouté, certains soirs moi comme lui dans ses Soubresauts : « À l’aveuglette dans les ténèbres de jour ou de nuit d’un lieu inconnu à la recherche de la sortie. Ou simplement attendant. Attendant entendre. »
Le cylindre de sa Gitane fume encore entre ses deux doigts fins, il va bientôt l’éteindre dans ce cendrier carré en verre feuilleté, en bas à droite au premier plan du tableau (il y a déjà deux mégots écrasés). Un cendrier à moitié peint, qu’Hucleux a laissé en réserve, au blanc, pour dire que c’est en cours, jamais fini, comme une signature du non-achevé. »

• L'ami déclaré
« Sa vie, son œuvre, à l’ombre d’une seule expérience, celle de l’art. Qu’elle vienne du sous-sol de l’enfance, s’inscrive au fronton de l’admiration vers un artiste ou se murmure mains jointes de livre en livre, c’est la même prière que j’entends. Écrire, forme de la prière disait Kafka, guide essentiel de ses métamorphoses…
Au commencement, cette conviction qu’il partage avec le funambule
Genet, qu’on n’est pas artiste sans qu’un grand malheur s’en soit mêlé ; lequel ? La mort, sous quelque masque qu’elle se présente, et dans son cas nez à nez dès l’adolescence son lot fut du cadavre. De cette charge où il fut contraint : – disséquer à pleines mains l’animal encore chaud viscères et sang pour nourrir les chiens de la maison ; plus tard, toiletter la rigidité d’une
dépouille, le corps d’une femme ou celui d’un vieillard – se déduit sans doute l’évidence de sa vocation artistique. Un sillon profond s’est creusé entre ses yeux noirs, on l’appelle communément ride du lion… Une aubaine que l’animal familial ait planté les crocs de son macabre aux abords de la ville, à la campagne ; la nature fixe d’autres horizons, lui fournit d’autres présentoirs.
Au bord du ruisseau, il médite l’incident d’une brindille perturbée par trois copeaux, trouve une caresse dans l’écorce, la sympathie dans le tunnel d’une taupe. Nature, berce-le doucement... il sera poète, il est poète. À portée de son regard aux aguets, palpite l’éternel présent animal ; l’œil assiste aux leçons de l’observation, recueille mot à mot ses paroles, capture et détaille, rejoint chaque sensation. S’il apprend le langage des bêtes, attitudes et postures, mime à merveille l’élégance d’un trot, l’étirement d’une échine, ce n’est pas pour se confondre dans l’espèce mais pour se dédoubler dans l’instinct animal. De ces conversations décisives où il passe aux yeux de ceux qui
l’entourent pour un malade de ses rêveries, il dessine et préfigure sa propre ligne de fuite, son devenir artiste. »

• Le désir pas les ordres ROMY
« Les journalistes disent : « au fond vous êtes … » mais ils restent à la surface. J’aime la surface ! Pas la même. La légère surface, parce qu’il y a du fond.
Romy ! Romy ! Par ici ! Sans les lunettes ! Oui enlève les ! Juste un regard !  
Tout le monde parle pour moi. Je suis une potiche ou une star, dans les deux cas on parle pour toi, on se met dans ta peau, dans ton cœur (qu’il saigne), dans tes poumons (qu’ils explosent). À l’intérieur tu sens un poids, le poids de cette culpabilité qu’ils te renvoient sans cesse, tu dois : les ordres pas le désir.
C’était bien dur en tailleur Chanel parlant de cette période.
J’ai dit NON. J’arrête. Je ne veux pas mourir Sissi. 80% des allemands veulent que je reste à vie l’impératrice.
C’était bien dur à Paris, à tourner dans le rond de moi-même, attendre en fixant le téléphone et quand tu décroches, c’est encore les ordres : rentre ! Reviens ! Tu te prends pour qui ? Ils te rendent coupable, tu deviens un monstre, une petite prétentieuse, une enfant gâtée, ingrate, qui refuse 1 million de marks ! Tu fais des caprices au lieu de répondre OUI, de revenir, de continuer.
Dial M for Magda.
Ma mère et moi, nous sommes les deux actrices les plus chères du cinéma allemand, tu es plus connue qu’Hitler elle a osé me dire !
Elle est mon impresario, geôlier, et mon beau père (Daddy) place mon argent dans ses sociétés hôtels restaurants. »

Divers formats
Deux feuilles de papier cream 150 gr ou bouffant 65 gr pliées l'une sur l'autre, l'une dans l'autre.
Impression noir et pliage à la main.

Littérature mineure
• Coffret « Visions de Kafka »

Coffret : cartonnage professionnel, papier vergé noir.
Dimensions : 15 x 15 x 3,5 cm environ.
Intérieur : impression couleur sur papier bouffant et pliage à la main.
4 livres 14 x 14 cm
Avec deux dessins de Alain Frentzel

Photo : Isabelle Sobelman par David Ignaszewski.

©derrierelasalledebains ©litteraturemineure

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