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Charles Morin
5.00

Derrière la salle de bains
• Du pain et des rolls
« Références pop à profusion. Lui aussi tout comme Schuhl, pratique Cut-up et Pop Sampling. Alexandre évoque lors de l’une des nombreuses digressions du film, le sosie de
Jean-Paul Belmondo, devenu selon lui plus vrai que le vrai, et ajoute : « Le faux, c’est
l’au-delà », métaphore qui fait écho à l’anti-naturalisme d’Eustache. Comme le personnage de Huysmans dans À rebours, Des Esseintes, c’est la représentation d’un faux réel qui
l’intéresse. Ses personnages, au début du film, semblent surjouer. Puis constamment sur le fil du rasoir, le masque se brise, le make-up coule et les cicatrices intérieures refont surface. Comme ces lunettes noires que porte Jean-Pierre Léaud dans le film, à la fois indice et masque de la souffrance. Dissimuler pour mieux montrer. Et au détour d’une réplique, c’est toute sa relation aux acteurs et au jeu en général que Jean Eustache nous dévoile :

« Je veux bien faire ce que tu veux, dit-il, mais il faut que tout soit bien préparé. Ne rien faire à la légère. Alors décide si je dois m’asseoir, rester debout, parler ou ne rien dire. Il n’est pas question d’improviser. Si tu veux que je parle, tu me dis ce que j’ai à dire. Je dis ce que tu veux ; ce qui t’arrange. Je récite. N’attends pas de moi autre chose. »

• Tokyo City Blues traduit par Laure Nguyen-Huynh.
« Arriving at the bombing memorial quite smashed/ Spending almost an hour singing/ Enola Gay by Orchestral Manoeuvres in the Dark: «Enola gay Is mother proud of little boy today Ah-ah this kiss you give It’s never going to fade away» The natives seem not to be sensitive to my sense of humour/ Waking up thinking I was Edith Cresson/ Spending all the day to mix/ Sobriety and visit to the peace museum and the bombing memorial, to do penance/ Running away from the city at dawn/ Taking the fastest train in the world to Tokyo/ Renting a room in the district of whores and strip clubs/ Spending my nights to cover the event from the inside/ Drinking alone and sometimes even escorted/ The story repeats itself/ Each end of night it’s the same thing/ Crossing the main artery of Roppongi with too much in my blood/ The big black touts seen only in this part of the city/ Dawn/ Make fun of me in Creole/ Lifting my jacket collar, lighting a cigarette, pushing my hands in my pockets/ Here Tokyo ravens replace Paris pigeons/ Goth/ Yves Adrien was right: Tokyo and the suicide don’t see eye to eye. »

• Céleste
« Dans un mois j’allais avoir vingt-deux ans. Ceci était peut-être un début d’explication car il me venait à l’idée que c’était terrible. Je ne savais absolument pas comment je serais, ce que je serais après. Au fond, ç’eût été un moment merveilleux pour mourir si j’avais cru à la littérature ; alors que faire ? Mourir ou non ? Il y a des gens qui font de l’argent, d’autres de la neurasthénie, d’autres des enfants. Il y a ceux qui font de l’esprit. Il y a ceux qui font l’amour, ceux qui font pitié. Depuis le temps que je cherchais à faire quelque chose. Pour moi, peu à peu, la vie était devenue une prison et la plus terrible de toutes, parce que pour s’en évader il m’aurait fallu passer l’arme à gauche. »

Littérature Mineure
• Jean-Jacques Schuhl, un mannequin sans visage.
« Il s’enivre jusqu’à l’ennui des paillettes, du fard, du khôl, n’appartenant à aucun groupe, à aucune coterie. Nulle part et partout à la fois. À la Closerie, au Rosebud aussi bien qu’à la
Cinémathèque de Chaillot. On l’aperçoit sur une photo – qui a l’air de provenir de la fameuse nuit des barricades, en compagnie de Godard, Eustache et Jean-Pierre Léaud —, il est un peu en retrait du groupe, donne l’impression de prendre des notes, de se documenter, l’air de rien. Pourtant Valérie Lagrange se rappelle avoir arraché des pavés avec Jean-Jacques Schuhl et d’une soirée chez lui en mai 68, rue Royer-Collard. Une nuit d’une chaleur écrasante car on avait mis le feu à des voitures. Schuhl et ses amis avaient rempli la baignoire pour les combattants qui venaient se tremper le visage avant de ressortir. Sur la tête, ils avaient enfilé des pochettes de disques contre les gaz lacrymogènes. »

Divers formats.
Deux feuilles de papier cream 150 gr ou papier bouffant 85 gr pliées l'une sur l'autre, l'une dans l'autre.
Impression couleur et pliage à la main.

Photo : Charles Morin par Gilles Berquet

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